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"Partir de rien pour arriver nulle part en revenant de tout."

sKaTT M°°N

Il ne fait aucun doute qu'il existe un monde invisible. Cependant, il est permis de se demander à quelle distance il se trouve du centre-ville et jusqu'à quelle heure il est ouvert.

(Woody Allen)

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Flûtes enchantées

 
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Imaginons un bipède, homo sapiens, un soir de blues dans sa caverne, vallée de l’Ach, Allemagne.

Sa Papagena l’a quitté pour aller trépaner le mammouth avec Köbi, le mâle dominant. Il reste seul dans son antre à se morfondre sur le lit de peaux et accessoirement sur la vacuité de la vie aurigniacienne. Il sort son radius de vautour fauve, une petite flûte magique et remplit la grotte d’une sarabande de notes bleues.

 

Je suis ému, on vient de retrouver les restes de l’instrument, quelques 35000 ans plus tard avec de nombreux détails de fabrication, cinq trous et deux profondes entailles en V à l’une des extrémité, qui aurait fait office de bec.

On ne sait plus rien par contre du Papageno d’alors, l’artiste meurtri a sans doute perdu toutes ses plumes.

 

Plus près de nous, il faudra bien que je me penche un de ces quatre sur la biographie d’un autre souffleur, le génial et très ombrageux Sydney Bechet.

C’est la 2ème fois qu’un ami m’en parle comme d’un drôle d’oiseau, monstre d’égotisme et d’irascibilité : paraît qu’il remplissait toute la grotte de son vibrato suave, ne laissant guère de places à ses condisciples.

 

Par ailleurs l’auteur de "Petite Fleur", bagarreur émérite, n’hésitait pas à régler ses comptes à coups de…pistolets.

Il aurait même été selon la légende, impliqué en France d’avant-guerre dans une sombre affaire de meurtre (Papagena ?) dont il serait sorti plus ou moins blanchi !

 

Enfin et pour clore le chapitre flûtes enchantées, ce petit crochet par Djivan Gasperyan, un maître incontesté du doudouk, ce hautbois à anche double taillé dans l’abricotier d’Arménie et qui me fend l’âme aussi bien qu’une percemaille.

 
 

           

 

Le chaos rouge

 

Vu sur Arte le documentaire « Qui a peur de Kathy Acker ? »

Et pour prolonger la découverte : ce billet

Le chaos rouge

ou  Comment se sortir du binôme papa/maman quand papa est est un tailleur idiot et maman une méduse un peu flasque...
 
 

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Kathy Acker (1947-1997) a laissé derrière elle quelque vingt-cinq années passées à se battre avec l’écriture, ainsi qu’une quinzaine de romans underground évoquant sang, sexe et folie. Petite fille de la Beat Generation et grand-mère des riot girls, la sulfureuse Kathy Acker, auteure atypique et décadente, n’a eu de cesse de crier sa liberté, éternellement à contre-courant. Acker était une artiste en rupture de tout. De la littérature classique, qu’elle remettait en cause avec véhémence ; de la bourgeoisie, dont elle se méfiait ; du féminisme traditionnel, qu’elle évitait scrupuleusement ; des machos, qu’elle détestait. Burroughs punk et nymphomane, mais aussi la grand-mère du mouvement post féministe fortement teinté de lesbianisme.

Extrait de "Kathy Acker, à coeur et à cris" de Patrick Thévenin

 

 

« Je vais vous dire une chose. L'auteur de l'oeuvre que vous êtes en train de lire est une petite merde apeurée. Elle est effrayée, oublie à quoi ressemble sa vie, ayant une trouille bleue, elle ne croit pas ce qu'elle croit donc elle suit n'importe qui. Une chienne. Elle ne sait absolument rien elle a trop peur pour savoir ce qu'est l'amour elle n'a pas la moindre idée de ce qu'est l'argent elle fuit tout le monde si bien que ce qu'elle écrit n'est que de l'in-connaissance. En outre, elle n'a pas assez de cran pour divertir un public. Elle aurait pu mettre plein de trucs pornos dans ce livre des cons ruisselants gros comme des Empire State buildings devant votre nez et puis de la violence de cow-boy : de toute façon, rien n'a de sens. Et elle dit que je suis une conne parce que je veux plaire? Qu'est-ce que je vais faire ? Enseigner ? Auteur : Tu es une imbécile de suceuse de pines. Si un crétin achète ce livre, qu'il ait la grâce de le lire et s'il ne m'aime pas, la belle affaire. »

« Ma mère est une andouille, un morceau de méduse. La chose la plus répugnante au monde, c'est elle. Mon pire cauchemar est celui où j'ai en moi un peu de cette méduse. Ma mère, la méduse, veut que je sois comme je suis. Je pique donc une crise. Je décide d'être totalement catatonique. Je suis incapable de savoir quoi que ce soit. Je n'ai pas de contacts humains. Je ne suis pas capable de comprendre le langage. »

 

Kathy Acker : Extraits de  « Grandes Espérances »

 

 

"Je suis née folle dans le Barbican, quatre ans après la défaite de l’invincible Armada. Je décide immédiatement de faire ce que je veux : vivre des aventures de bandit de grand chemin plutôt que de papoter avec une poignée de menteuses, me bagarrer avec un gourdin clouté, détruire chaque fichue pique qu’on tente de me lancer. Je suis la dame ourse, les yeux couverts de cuir, la reine de la chicane des joyaux des taudis. Si j’étais un homme, je rejoindrais les hommes du colonel Downe sur la route ; je naviguerais jusqu’aux territoires espagnols avec du velours noir sur mon oeil gauche du velours noir sur mon entrejambe. Les combats de chiens, dans le Bear Garden, sont et resteront mon sport préféré. J’apprends à combattre, à m’armer de bâtons, de toutes les manières, à prendre soin de moi-même. Mon père est un tailleur idiot."


Kathy Acker,  Extraits de "La Vie enfantine de La Tarentule noire" par La Tarentule noire, éditions Désordres

 

 

"Ma blessure est au dedans. C'est la blessure du défaut de l'amour. Puisque point ne la voyez, vous dîtes qu'elle n'est pas. Mais on m'a blessé à l'affect. Mes affects c'est mon esprit. Mes affects de maintenant des nerfs qu'on a arrachés. Au delà du trou entre mes jambes, de la chair déchirée retournée et tourmentée, à l'intérieur de telle purée ou chaos rouge gît une femme. Personne ne se risque jusqu'ici." Ses amis épouvantés de féminité, résolurent de l'extirper par le feu. Cependant Don Quichotte, ayant trouvé le seule remède pour la douleur humaine s'endormit. Elle rêve de sauver le monde"

 

 Kathy Acker, extrait de "Don Quichotte qui était un rêve"

 

Liens :

 

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Kathy_Acker

« L’artiste et la société » de Kathy Acker

http://www.inventaire-invention.com/textes/acker_artiste.htm

http://www.editions-desordres.com/auteurs/kathy_acker.php

 

Secret de polichinelle

 

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A suspendre sur le fil du séchoir :

(Avec des pincettes)

 

Un lavis à l’encre de Chine

un avis de recherche

une carte de visite

le t-shirt de Virginie

(à l’effigie de Paul)

un vers de Loti Pierre

la dentelle rousse d’une fougère

le silence des pierres

un visa du consul

pour le Grand Mexique

un bulletin de vote

oui à la libre circulation

du bon peuple

et des électrons.

Un bandonéon fou

un tango un peu flou

une montre molle

une déclaration d’impôts

un kirigami en éclair

les ailes d’une éphémère

un rayon du soleil

la rosée du matin

l’arôme du café

un nuage de lait

un pan de ciel gris

une parole en l’air

un dialogue de sourd

l’aube d’un orage

quelques sueurs froides

une maigre larme,

un kleenex froissé

une toile d’araignée

ta peau de chagrin

trois notes fluettes

échappées de la flûte à bec

la litanie du poème

à sa cote d’alerte

trois points de suspension

un bout de ficelle

et puis…

(ce secret de polichinelle)

…plus rien.

 

 

More Trouble Every Day


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1er mai : petit périple en train à Bâle…traversée de la Suisse en 2h30, l’impression de voyager sur un confetti.

Motif de ce modeste déplacement : concert solo de l’immense guitariste belge Philip Catherine.

Arrivée toute en douceur à la Hauptbahnhof et plongée immédiate dans la léthargie ambiante où en ce vendredi tout est plombé pour cause de fête du travail !

Tous les beaux projets de shopping dans la ville du négoce tombent à l’eau. Reste à contempler le cours indolent du Rhin et à imaginer le passage des saumons qui remontent élégamment le fleuve entre les cheminées des grands complexes chimico-pharmaceutiques. Bref tuer le temps jusqu’à l’heure du concert, pour autant que le guitariste solidaire lui aussi de cette grève symbolique et pétulante n’ait également déposé sa guitouze au râtelier.

Par chance il y a de l’animation du côté de la Barfüsserplatz, où après le cortège, s’est retrouvée la fine fleur du syndicalisme rhénan avec force calicots, slogans en kurde et baslerdütsch, effigies du Che, petits rubans rouges avec faucilles et marteaux, et les incontournables bratwürste qui se la dorent sur leur grill en cette fin d’après-midi printanière.

Sur la scène adjacente, s’affairent nombre de musiciens avec section de cuivres et même un vibraphone, de quoi titiller ma curiosité et attendre encore pour voir de quoi il en retourne.

Arffffffff…que d’entendre soudain tinter les premières notes... tellement comme du Zappa que c’en est du Zappa ( !!!)

Et de considérer avec bonheur au fil des morceaux que ce sont même des interprétations de haut vol, copies pur-jus du Maître et ses Mothers dans la période Roxy & Elsewhere, One Size Fits All et autre Over-Nite Sensation…

Ce n’est que le lendemain que j’ai pu mettre un nom sur ce combo d’aficionados convaincus et convaincants : « Fido plays Zappa » qui auront assuré cette singulière transition pour me conduire en beauté à la soirée « Guitar Summit » programmée par le bien nommé Jazz Festival de Bâle… « trou de Bâle » ajouterait mon fils 12 ans, pas toutes ses dents !

 

 

Liens utiles :

 

http://www.fidoplayszappa.com/wordpress/

 
 
 

     

 More Trouble Every Day / Sofa #2, FidoPlaysZappa Live in Montreux, Montreux Prog Nights, Ned Music Club, January 23, 2009

 


Au delà des apparences

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On connaissait le redoutable orchestre de rue congolais Konono n°1, il faut désormais compter sur son petit frère de lait le Staff Benda Bilili composé de cinq musiciens handicapés (poliomyélite) et de deux enfants des rues, des "shégés" comme on les appelle à Kinshasa. En Lingala, la langue la plus communément parlée dans la capitale de la République démocratique du Congo, "Benda bilili " signifie "regarder au-delà des apparences". Leur musique intègre des éléments de rumba congolaise, de musique cubaine, de rhythm'n'blues et de reggae.

«Très très fort», est le titre de leur premier album paru sur le label Crammed Discs. Les titres ont été enregistrés en plein air, notamment dans les jardins du zoo de Kinshasa, à l’aide d’un ordinateur portable, de quelques micros et d’un câble secteur d’une centaine de mètres connecté à la prise d’une buvette désaffectée.

Leur version du « Sex Machine » de James Brown, pour l'occasion rebaptisée « Je t’aime » est absolument craquante avec en sus un solo périlleux du jeune Roger Landu sur son satongué, une petite guitare à une corde tendue sur une boîte de conserve par un arc en bois souple.

     

Liens : http://www.crammed.be/craworld/crw51/f/index.htm

        http://www.myspace.com/staffbendabilili

 

 

 

 

 

 

Distillations ascendantes

 

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Hadouk Trio live @ La Spirale / Fribourg (27-03-09)

 

Chance insigne d’avoir enfin vu à l’œuvre ces trois sorciers du son à l’occasion de leur premier et unique passage en Suisse, qui plus est dans l’intimité du caveau de la Spirale.

Un bonheur rare et intense de remettre le nez à la fenêtre et de s’enhardir dans la coulée et les roulis d’une musique déroutante, délicieusement mâtinée aux sels et aux vents du voyage.

Ainsi l’hajouj marocain a un jour croisé le doudouk arménien pour de leurs noces faire naître l’appellation Hadouk, forfait de deux complices : le mythique Bloomdido Bad de Grass aka Didier Malherbe, le souffleur allumé du vénérable Gong et Loy Ehrlich, multi instrumentiste rompu à la musique africaine et notamment gnawa. La paire sera rapidement complétée par Steve Shehan, hallucinant frappeur/brosseur et baroudeur invétéré.

Le trio est alchimiste, ayant minutieusement peaufiné au fil d’une épatante discographie et des concerts son brouet sonore et ses débordements cosmiques. La scène est indiscutablement son laboratoire et dans le même temps un moelleux contenant pour les transformations possibles de l’auditeur.

Loin d’une banale coloration exotique, le contenu invite à un réel métissage, par sublimations, distillations ascendantes ou descendantes, coupellations, fusions, bains de sable…

Pour clôturer l’expérience, paraphrasons encore notre Bouvier national : "Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait, c'est le voyage qui vous fait ou vous défait."

En ce sens, se faire défaire par les incantations hadoukiennes est bien le plus doux des sortilèges. 

 

liens : http://www.didiermalherbe.com/triof.html  

Au mépris des sémaphores

Alain Bashung (1947-2009) 
 
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                                                                                             Photo : Ludovic Carème
 

 

J’ai réellement aimé Bashung depuis « Chatterton », disque d’une incroyable densité entre la prose équilibriste, le verbe primesautier et jouisseur et les paysages sonores alambiqués d’une musique à la fois désinvolte et hantée.

L’osmose entre Bashung et Fauque, son parolier est désormais totale, elle crée ce style inimitable aux arrangements somptueux et au lyrisme débridé, une véritable saillie extra-terrestre dans le landerneau de la chanson française. Au-delà des halos, on arpente tour à tour les lacs gelés, la structure des glaciers, les caresses volubiles, les danses inaltérables, les hectares de vie antérieure, les allées bordées d’épagneuls, la géographie des petits ensembles, des grands amphi…jusqu’à cette contemplation finale, au raz des rez-de-chaussée, à la croisée des artères, éclairage au plus près de l’os, apories…satori. Bref, une incontestable chevauchée sur tapis de braises, de bout en bout une œuvre qui fait éclore.

 

Bail renouvelé en 1998 avec « Fantaisie Militaire », même troupe qui gagne aux rênes de la même logistique, enfilade de perles et bijou sertie d’un hit en puissance « La nuit je mens » et d’un diadème tellurique, le déluré « Samuel Hall » revu et corrigé par la paire Cadiot/Burger.

L’acmé sera atteint 4 ans plus tard avec le labyrinthique « L’Impatience », opus inextricable et ténébreux qui brouille définitivement les pistes et nous harponne en eaux troubles, en nos âmes et consciences, tel Attila déboulé de ses steppes hirsutes, à tel point qu’on se demande si après son passage, l’herbe de la plaine repoussera ?

Il y aura bien le testamentaire "Bleu Pétrole" qui replacera peu ou prou l'énergumène dans le moule concentrique des chanteurs plébéiens, quoi que ?

Et de l'avoir vu une dernière fois, c'était au Paléo 2008, chevaucher seul "Comme un Lego" ante mortem sur sa Gibson funèbre devant quelques 10'000 fans thuriféraires et conquis, restera dans ma mémoire comme un grand moment de dignité et de talent conjugués.

Salut l'artiste...

 

John Martyn

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John Martyn    11th September 1948 - 29th January 2009

With heavy heart and an unbearable sense of loss we must announce that John died on 29th January.

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 un entretien avec John Martyn : http://www.johnmartyn.info/node/24
 
 
 
 
 

Se purger de ses petits crimes

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Comme il est indiqué sur l’affiche du film, c’est en Belgique : « In Bruges » qui devient en français : « Bon baisers de Bruges ». Un film carte postale ?

Un peu à l’évidence, puisque c’est l’endroit choisi pour mettre en vacances deux tueurs patentés, provisoirement déliés de missions et donc disposés peu ou prou à se convertir l’espace d’un instant en touristes lambda.

L’un (Brendan Gleeson) plonge dans les délices de la ville, l’autre pas.

Faut dire que Ray (Colin Farrell) vient de merder son dernier contrat et que se sentant rattrapés par la culpabilité il n’a guère l’humeur badine. Pour lui, Bruges c'est un trou de crottés, un satellite de l’enfer où il ne fait pas bon séjourner. S’il n’y connaîtra pas la rédemption, il y goûtera cependant quelques menus plaisirs, à hauteur de petites personnes si j’ose dire. L’arrivée du big boss (un Ralph Fiennes taillé à la serpe) précipitera le soluté et réglera l'addition.

Il ne nous restera plus qu’à contempler l’effroi depuis le beffroi.

Un film braque et décalé à la sauce british de la meilleure veine, qui sur mon rayon DVD, se loge vaillamment entre Snatch et Layer Cake.

Maintenant qu'on sait où c'est, on s'est promis mon épouse et moi d'aller cette année encore tuer quelques temps libres dans la Venise du nord.

D'ailleurs le texto pour les cartes psotales est déjà prêt :

Ce petit mot de Bruges (en Belgique). Sommes descendus à l'Erasmus, on y mande très bien et la bière est particulièrement bonne. Nous nous purgeons de nos petits crimes...Milles pensées pour les ceusses restés au bercail. Rentrons comme prévu le 29 courant. BB de B !!!

 
 

Dans le coeur de l'hiver

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 BON IVER "For Emma, for ever ago"
 
 
 
 
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Pour écouter avec les yeux

 
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Je redécouvre la joie des vinyles que je puise un à un dans le cagibi des miracles où ils sont consignés depuis que la musique flirte avec des supports réduits, voire impraticables.
Ainsi, il n’y a guère de magie à transmettre à ses ouailles le « Grand Wazoo » de Zappa via une clé usb, tandis que le glisser subrepticement dans sa pochette originale sous le blouson décati d’un mediocrates pedestrium, et de le voir s’en aller à la recherche d’un hypothéticus phonographus, là c’est franchement classe ! Y a pas à dire, mais dans certaines conditions, le contenant peut-être la TVA du contenu.
Pour rappel, allez zieuter le « Jazz Covers » de chez Taschen, un très beau livre de  497 pages dans lesquelles sont consignées quelques 600 pochettes de 33 tours de jazz et parmi elles, de petits chef-d’œuvre de graphisme tel ce « The Magic of Juju » d’Archie Shepp à écouter d'abord avec les yeux.
 
 
(Cliquez sur ce lien, il s'agit d'un  fichier afp et baladez-vous au gré des 497 pages...n'oubliez pas le zoom...bon voyage !)
 
 
 

Zappa's Covers

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« …On peut inscrire la démarche de Schenkel dans la continuité Dada et l’associer, par exemple, aux tableaux-collages de Kurt Schwitters surtout s’agissant de We’re Only In It For The Money dont la mise en scène des Mothers travestis, posant sur un parterre de légumes et de fruits, rappelle singulièrement Die Brautwerbung (La Demande en mariage), collage de 1932. Il est vrai que Uncle Meat et Burnt Weeny Sandwich (le projet initial était pour Eric Dolphy) évoquent étrangement les assemblages de Schwitters composés au moyen d’objets de rebut…Par ailleurs, l’imagerie développée par Schenkel, et qui intègre différents ustensiles (machines à manivelles, aspirateurs, rouages alambiqués…) poursuit l’ironie Dada à l’égard du machinisme. Ironie bien appuyée chez Francis Picabia dans Parade amoureuse et L’enfant carburateur, plus équivoque chez Marcel Duchamp… »

 

Guy Darol

« Zappa de Z à A »

de Guy Darol / Dominique Jeunot

Le Castor Astral
Bordeaux-2005
   
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Cletus, Mediocratus & Calvinus

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Qui sont ces tocards affalés sur le siège arrière de la voiture de Calvin ?
( ...who are those dudes in the back seat of Calvin's car ?)
Ils pourraient être les 2 généraux Cletus et Mediocratus rentrant rompus de la bataille hebdomadaire des charts et des questions (cf. The Grand Wazoo). Quant au chauffeur...
 
 
Calvin (The Cover) Schenkel est un artiste et graphiste américain né le 27 janvier 1947.
Il est surtout connu pour ses diverses collaborations en art visuel avec Frank Zappa (nombreuses illustrations pour des pochettes de disque, notamment). De la classique parodie du «Sergeant Pepper’s» des Beatles, le fameux «We’re Only in It for the Money» (1968) jusqu’à la compilation «Son of Cheap Thrills» (1999).
Il cite parmi ses pochettes préférées celles des disques «Cruising With Ruben & The Jets», «Uncle Meat», «Burnt Weeny Sandwich», «The Grand Wazoo» et «One Size Fits All». Calvin a également collaboré au niveau graphique avec de nombreux artistes parmi lesquels Tom Waits, Don Van Vliet (Captain Beefheart), Dion & The Belmonts ou Three Dog Night.
Son talent s’exprime à travers différents médias, de l’habillage de disques compacts et de cassettes vidéos jusqu’à l’animation cinématographique et télévisuelle. Aujourd’hui, ses activités principales sont la peinture et l’édition en tirages limités.
 
 
 
Le site de Cal Schenkel : http://www.ralf.com/
 

 

 
                      
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Epi d'or et le roi nu

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Tout droit sortie de la grande matrice archétypique et accessoirement de Skull Island voici revenir décuplée par le grand oeil Jackson, la figure totémique de l’éminent mâle solitaire, le megaprimatus kong, king de son état, roi de l’esthétique carnavalesque et de la parodie musclée. Les frêles blondasses des magazines n’ont qu’à bien se tenir, sinon se draper l’épaule d’un large fichu opaque en lieu et place de la mousseline convenue.  

Le gorille indomptable est de retour, faisant trembler les fondements de la maison et de ses habitants, via le surround 5.1. Autrement plus efficace que Ducky, le canard vibrant de la voisine. Seulement voilà, la question qui persiste après plus de 2 heures de turbulences dionysiaques « made in Wellywood » est la même qu’en 1933 couleur en sus : mais qui donc est le vrai monstre ?

 

Côté musique, Frank Zappa n’était pas resté insensible à cette fable érotico-burlesque en composant en 1968 une suite jazzyforme éblouissante de 18 minutes en 6 parties à la gloire de la bête humaine, faisant la part belle aux cuivres rauques et au sax inspiré de Bunk Gardner. C'est d'ailleurs pendant le solo de synthé de Don Preston dans une version live de King Kong que le Casino de Montreux partit en fumée sur les eaux du Léman un certain 4 décembre 1971.
 
Enfin plus près de nous y a les permutations d’Epi d’or, alias Virginie Despentes dont il faut citer cet irrésistible extrait issu de sa « King Kong théorie » : « Il y a des hommes plutôt faits pour la cueillette, la décoration d’intérieur et les enfants au parc, et des femmes bâties pour aller trépaner le mammouth, faire du bruit et des embuscades. »
 
 

        
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Entre les couches crétacées

 
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Il y a les morts que nous devons réveiller, c’est en quelque sorte une affaire de mémoire, un devoir face à l’oubli, une déminéralisation du temps, en même temps qu’une œuvre de transmission à la collectivité, une passation à la postérité, à nos enfants, aux enfants de nos enfants...etc.
Et puis il y a les morts qui nous réveillent, comme ça, sans crier gare, par exemple un 6 janvier de l’an neuf, un drôle de jour pour mourir et pour assurément une drôle de mort.
Ainsi, Ron Asheton s’en est allé, d’un trépas singulier comme trépassent les fossiles, reptation entre les couches crétacées, lente insinuation dans le roc. Paradoxe, pour ce dynamiteur de rock, ce disperseur de riffs, ce passeur de décibels.
Il y a deux ans, j’emmenais ma fille aînée à la découverte du rock vertical : concert à Neuch des Stooges fraîchement reformés.
Et arriva l’impensable, l’inavouable fable de l’arroseur arrosé, puisque c’est bien moi qui prit la claque en pleine poire. Faute à  l’iguane bien-sûr, à sa voix tellurique et sa pantomime exacerbée, mais combien aussi grâce à ce guitariste de l’ombre, de l’arrière-scène, campé comme le marshall défraîchi d'une Motor City devant son mur d’amplis, à distiller encore et toujours d’autres structures soniques, hypersoniques, supersoniques.
Je mesure aujourd’hui l’enchantement de cet autre musicien qui passant en première partie, avait pu soustraire un plectre à Ron pendant le sound-check des Stooges, un peu comme s’il avait dérobé le chapelet du Padre Pio, le capucin stygmatisé. Relens de sainteté...
Et puis ce matin en rentrant du boulot avec cette information un peu triste, je croise ma fille sur le pas de la porte, qui se rend à l’école et qui elle aussi connaît la nouvelle…maintenant qu’elle fait partie comme son père, de la secte très select des insectes à antennes et double cône filiaire.
 
 
         
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L'art d'être grand-père

Image Hosted by ImageShack.us Photographie de Edward S. Curtis

Commencer l’année avec Art Pepper, voilà qui a du piquant et c’est un bon moyen de raccrocher avec mon blog. Sous le sapin, il y avait d’ailleurs un coffret du saxophoniste, une compile de 4 cd éditée en république tchèque, rien que du bon, des morceaux enregistrés dans les années cinquante : du jazz majuscule avec ce son d’alto tellement léché que c’en est un régal pour les cages à miel. Ecoutez la délicatesse de son « Nature Boy » qui devient par la même occasion le nouvel hymne des Lagons. On est quelque années + tard, en 1979, en quintet avec le sublime Tommy Flanagan au piano et la contrebasse ronflante de Red Mitchell…de quoi faire fondre le sérac et toute la banquise autour.

J’espère que vous avez bien passé les Fêtes ? Moi, c’était franchement pas folichon. Me suis payé une vidange totale avec cette grippe venue du Brabant, suivie d’une inflammation exemplaire du sciatique sur toute sa longueur, et ça fait un bout de route croyez-moi entre le grand trochanter et les petits appendices tout au fond de la botte.
De père, je suis passé à grand-père, instantanément. Une sorte d’Ebenezer Scrooge aussi claudiquant qu’atrabilaire, cloné avec le docteur de la série, survitaminé et tout aussi ronchon .
Heureusement, par les chemins de traverse, et au-delà de la douleur, j’ai aussi découvert quelques subtilités dans l’art d’être grand-père…ça se passe en Serbie et c’est du cinéma pétillant, jouissif comme les mille petites bulles d’un Moscato spumante : « Promets-moi » que ça s’appelle et c’est du Kusturica pur-jus dans la lignée de « La vie est un miracle ».
Et s’il vous faut encore un livre pour être heureux, je l’ai trouvé, lui aussi sous les branches du conifère précité. Il a la particularité d’être le plus petit livre de ma bibliothèque : 8,5 cm par 7 cm, « Paroles de Sages » qu’il s’appelle et c’est une série de portraits illustrés d’Indiens d’Amérique du Nord.
Et de conclure sagement ce billet avec les vœux de Good Eagle, homme-médecine Sioux Dakota :
 
« Ô toi ! Retrouve la santé.
Une vie nouvelle je t’apporte.
Par le Père qui veille sur tout
j’agis ainsi.
Une vie nouvelle je t’apporte. »
 

Excellent géographe

 
 

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Cheikh Sidi Bémol est un personnage inventé de toutes pièces, dont les tribulations et les états d'âme ont donné lieu à un album d'une grande poésie. Tantôt ironique, tantôt nostalgique, il jette sur l'Algérie contemporaine un regard empreint d'une grande humanité. Musicalement, la tendance générale est au mélange de rock et de traditionnels algériens (kabyle, andalou, raï, chaoui…). Une première mouture du groupe a vu le jour en 1992, à Aulnay-sous-Bois (petite commune de la banlieue parisienne). Mais l'ensemble se désagrège rapidement, en grande partie à cause de "problèmes de papiers" (euphémisme qualifiant des situations administratives délirantes avec les services de l'immigration française). En 1994 le groupe se reforme. De la formation de base, il ne reste plus que le chanteur Hocine Boukella (plus connu sous le pseudonyme d'Elho, nom dont il signe ses dessins de presse). Mais deux ans plus tard des "problèmes de papiers", décidément récurrents, dissolvent à nouveau le groupe. Elho reprend les choses à bras le corps : ce coup-ci, il commence par monter un projet de disque avant de chercher les musiciens. Le Cd de Cheikh Sidi Bémol paru chez Samarkand est une œuvre dédiée à l'Algérie où se mêlent textes, musiques et dessins. Le guitariste Khliff Miziallaoua vient l'aider à réaliser les maquettes. Puis les amis viennent prêter main forte pour l'enregistrement. Parmi les invités, on remarque le grand Amazigh Kateb (leader des Gnawas diffusion), Marc Berthoumieux (accordéoniste de Renaud) ou encore Youcef Boukella (de l'Orchestre National de Barbès). Ensemble ils ont donné corps à Cheik Sidi Bémol. Ce personnage au look de Bd qui -sur des accords de guitare- dénonce, sans faux-semblants, les maux qui gangrènent son pays : la corruption, les guerres, les massacres, l'exil forcé... Rien n'échappe à son regard ironique et tendre. Même les insolubles problèmes administratifs auxquels sont confrontés les étrangers arrivant en France, le rendent philosophe : "Je suis excellent géographe/ je connais toutes les cartes de séjour"
 
 
 
 
 
Découvrez Cheikh Sidi Bémol!
 
 
 

Réveillons les morts ! (2)

 
LiLi Boniche
(né à Alger en 1921, décédé à Paris le 6 mars 2008)
 

Image Hosted by ImageShack.us Lili Boniche par Jean-Baptiste Mondino

 

Pour les uns, mythe vivant de la musique arabo-andalouse, pour les plus jeunes, la découverte d’une chanson françarabe orientale, un tantinet kitsch et très mode. Pour tous les autres, juifs, musulmans ou chrétiens, Lili Boniche, c’est l’enfant de la Casbah, l’enfant de la balle, parti de rien et " qui transforme en or tout ce qu’il touche ". " Je suis né dans la crépine ! ", ajoute-t-il le plus sérieusement du monde.
Lili Boniche adore se raconter, non pour vous en mettre plein la vue. À son échelle, il n’a plus rien à prouver.
La vie lui a tout donné : gloire, femmes, argent. On pourrait s’attendre à rencontrer un vieux monsieur à qui on ne la fait pas : pensez donc ! Il émane de sa personne un plaisir contagieux de chanter, de rire et de s’amuser. Une élégance naturelle que seuls quelques-uns, voyous au cour d’or, portent avec une aisance rare.
Boniche aime les pompes bicolores, les costumes taillés sur mesure et les belles femmes ; les grands orchestres et les mondanités. Il aime aussi les bas-fonds, les petites salles enfumées et louches. Et par-dessus tout le peuple algérois, ses frères ; Alger, sa ville ; l’Algérie, son pays...
 
 
 
A voir sur Daily Motion :
 
Lili Boniche "Alger, Alger"
 
 
 

Réveillons les morts !

 
 

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Antoine Wendo Kolosoy, aussi connu sous le nom d’artiste Papa Wendo, né en 1925 au Congo belge, mort le 27 juillet 2008, est un chanteur et boxeur congolais. Il a débuté sa carrière de chanteur à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) dans la troupe musicale Victoria Kin. En 1948, il connait son premier succès Marie-Louise. Il est souvent reconnu comme le père de la rumba congolaise.

Wendo a été mécanicien de bateaux sur le fleuve Congo. Crooner incontournable des scènes africaines, auteur compositeur des "tubes" qui ont marqué l'Histoire de la musique africaine, précurseur ou inventeur de la rumba congolaise, Wendo a été protégé puis poursuivi par les hommes politiques de son pays. Marie-Louise, une de ses compositions à laquelle les congolais de l'époque accordaient la vertu magique de réveiller les morts, fut considérée par l'église catholique comme un air satanique; la chanson fut excommuniée et Wendo contraint de quitter la capitale et de se réfugier à Kisangani.

L’artiste musicien Wendo Kolosoy a rendu l’âme, sous le coup de 18 heures 30 le 27 juillet 2008, à la clinique Ngaliema où il était interné pour des soins, à l’âge de 83 ans.
 
 
 
(Source : Wikipédia)
 
 
 
à voir : "On the Rumba River ", le film de Jacques Sarasin
 

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Découvrez Wendo Kolosoy & Rumbanella Band!

Heureux comme les pierres

 
 

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Un piano, c'est une armée de petits marteaux mous qui n'ont aucune envie de cogner sur des cordes qui ne leur ont rien fait. Il faut les y forcer, et Monk n'y va pas par quatre chemins : faut qu'ça saigne, que la mélodie en bave ; rompre les os du rythme, que l'harmonie soit un martyre. Pas de répit, le tempo lui est compté. Monk marche sur ses mains d'homme pressé. Il perd ses neurones comme d'autres leurs cheveux. Il tente en vain de les contenir sous une théorie de chapeaux. Mais il est trop tard, le génie a fait son oeuvre de mort. Après dix ans d'exil intérieur, Monk est mort seul au monde qu'il s'était inventé, ému et muet, heureux comme les pierres. Toute sa musique aura fondu comme neige dans le silence de la perfection. Et de cette montagne désertée coulent des torrents qui prendront des siècles pour rejoindre le fleuve.
 
 
 
 
 
Le lien pour se perdre dans le dédale des mystères monkiens : http://www.sojazz.org/monk/functional.html
 
 
 
 

Rhythm-a-ning

 

 

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« Et l’homme, comment est-il conçu ? En rythme, celui des ressorts de sommier ! En rythme, le foetus expulsé hors du ventre de sa mère par les contractions régulières, en rythme les premières expériences du sommeil, de l’alimentation, en rythme, en rythme ! Des petits, des grands, des longs qui durent dix ans, des qui se croisent ou se répondent, des qui empêchent de tourner en rond, ou d’autres qui vous gonflent comme un ballon. On ne les choisit pas, ces rythmes-là, parce qu’on ne choisit pas le jour de sa propre naissance, parce qu’on ne peut avoir un temps d’avance sur le rythme. Alors oui, gloire à ceux qui, bricoleurs de génie, ordonnent ce rythme, le font tourner sur lui-même, l’embobinent, le dérivent, l’apprivoisent, et le mettent dans leur petite boîte à musique, comme jadis les premiers hommes avec le feu ! »

 

 

Extrait de "MONK" de Laurent de Wilde

Ed. Gallimard 1996 /Poche Folio n°3009

 

 

 

  
Découvrez Johnny Griffin!
 

le grand Noir monothéiste

 

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Pierre Soulages par Richard Dumas
 
 
 
 
C’est un homme événementiel, et qu’il faut voir au temps de l’incarnation, du haut de l’an 2000, ou 3000.
J’ai toujours cru à la grande jambe comme au signe du génie. Il est grand comme tous les Césars, le front trop haut, ses épaules de ruthène, son application, sa science de débater, le ton de qui vient de loin, la face lumineuse et comme enchantée, l’air un peu d’un ange qui s’esclaffe, l’œil tous azimuts qui départage souverainement l’ombre et la lumière, je ne sais quelle mathématique au fond des choses, et par dessus tout le cœur.

L’exposition Pierre Soulages à Montpellier, c’est une date, à tous les points de vue. D’autres ont dit, diront les mystères, la grâce, le tonnerre de cette peinture, se rouleront dans les nuances et mettront les points sur les i.
Moi maigre paléolithique, je ne connais que le fondamental. Je ne sais que " jeter un coup d’œil " sur la chose en soi, le premier coup d’œil de l’enfant (j’en reviens toujours à l’enfance), faire en somme le cadran solaire, et m’écrier soleilleusement : c’est une libellule, c’est un lion, c’est un peintre. Ou plutôt à propos de Pierre Soulages : c’est le peintre lui appliquant instinctivement l’article le pour marquer ce qu’il y a de rare, de congénital et de providentiel dans l’espèce, comme dans mon pays on dit non pas un lièvre mais le lièvre.

 

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Pierre Soulages - Sans titre 1968


Peindre, l’immense mot !

La peinture est chose élémentaire, le jeu de la terre et du ciel (un peu comme écrire, nonobstant le mince sens écolier, n’est qu’éveiller toutes les images du monde avec quelques caractères d’imprimerie sur du papier blanc). J’imagine qu’on crée un tableau comme on plante un arbre.
D’abord inventer, découvrir la charpente, comme du haut d’un avion on découvre par transparence l’ossature d’une ancienne villa romaine.

Le Noir et Blanc c’est prendre la peinture par les cornes, je veux dire par la magie.
Les couleurs sont des folles, la tentation du papillon, les fleurs païennes de l’Histoire, les miettes de l’esprit, les confetti. Au commencement seul règne, sur le pavois, le grand Noir monothéiste, le vrai Dieu.

Pierre Soulages, je l’ai vu de loin comme à la loupe naître, prospérer et s’épanouir comme j’ai vu un jour s’épanouir pétale à pétale sur l’étang la fleur de nénuphar.

Je le revois toujours à ma table de travail il y a 33 ans, il arrivait à bicyclette de son mas de la Valsière, à 800 mètres d’ici. Depuis cette époque Soulages est toujours resté mythiquement, sentimentalement, esthétiquement, enfantinement mon voisin, j’allais dire (orgueilleusement) fraternel, aussi près l’un de l’autre que de la Valsière à la Tuilerie.

Que voulez-vous que je vous dise de cette peinture ! Je l’aime ! Que voulez-vous que je vous dise de cet homme ! Je l’aime ! Qu’est-ce-que l’amour ?

Joseph Delteil
 
 
 
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 Pierre Soulages - Composition 1959
 
 
 
Lien : le site de Pierre Soulages
 
 
 
 
 
 

Principium somniculum

 

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" Trop penser empêche de dormir car on n'a pas assez agi, notamment dans l'échange avec l'autre.
Les dépressifs ne dorment pas parce qu'ils ne sont pas assez fatigués, parce qu'ils sont occupés par un imaginaire victime et non par un imaginaire qui entre dans une création. "
 
Françoise Dolto
 
 
  
Découvrez Prohom!

Sourire énigmatique en x (l'esprit goupil de Jules)

 
  

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Jules Renard par Felix Vallotton

 

Sourire énigmatique, en x,
Celui que Jules Renard pince.
Son oeil rôde comme un bombyx
Sur la ville et sur la province,
Et sa claire prunelle lynce
A des éloquences de Pnyx.
Sourire énigmatique, en x,
Celui que Jules Renard pince !

Môme souffreteux ou phénix,
Gens qu'on encense ou qu'on évince,
Renard met sur votre âme mince
Son verbe net comme un onyx -
Sourire énigmatique, en x.
 
Romain Coolus
 
(Petit Tussaud du Rondel. Revue Blanche, N° 28, Février 1894.)
 
 
 
 

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Felix Vallotton "La Paresse"

 

 

Paresse : habitude prise de se reposer avant la fatigue.

 

Penser, c'est chercher des clairières dans une forêt. 

 

Notre égoïsme va si loin que nous croyons, en temps d'orage, qu'il ne tonne que pour nous. 

 

Le soleil se lève avant moi, moi je me couche après lui ; nous sommes quittes.

 

La plus sotte exagération est celle des larmes. Elle agace comme un robinet qui ne ferme pas.

 

Fourmis, petites perles noires dont le fil est cassé.

 

Postillons : intempéries du langage.

 

J'ai bâti de si beaux châteaux que les ruines m'en suffiraient.

J'aime à lire comme une poule boit, en relevant fréquemment la tête, pour faire couler.

 

Cette jolie idée de Saint-Pol-Roux que les arbres échangent des oiseaux comme des paroles.

 

Je cite l'exemple de Pascal qui combattait ses maux de tête avec des problèmes de géométrie.
 - Moi, dit Tristan Bernard, je combattais la géométrie en feignant d'avoir des maux de tête.

 

On gagne à être connu. On perd à être trop connu.

 

La vérité vaut bien qu'on passe quelques années sans la trouver.

 

Rien ne dégoûte de la vie comme de feuilleter un dictionnaire de médecine.

 

Ça m'est égal, de manquer ma vie. Je ne vise pas. Je tire en l'air, du côté des nuages.

 

Il faudra, moi aussi, un jour que nous serons seuls dans un petit coin, que je vous baise la main pour voir ce que ça fait

 - C'est un peu au-dessus du poignet, dit-elle, que ça commence à avoir du goût.
[
Journal, 1896, rapportant un dialogue avec Sarah Bernhardt. ]

 

  Enfin seul, sans s. 

 

 

Défilement magique

 

 

« Les ragas sont soliloques et méditations,

des mélodies passionnées qui tracent des cercles et des triangles dans l’espace mental,

une géométrie de sons qui peuvent transformer votre cœur 

en fontaine, jardin aquatique, jour de printemps. »

 
Octavio Paz
 

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Nous étions promeneurs égarés Georges et moi, dans la campagne vaudoise, le troisième œil ébaubi, rivé sur le tom-tom* et son défilement magique à la recherche du Saudahar, une auberge oubliée en plein territoire burgonde où mon ami m’avait convié à une agape pour le moins singulière : un buffet indien aux chandelles, suivi d’un concert de « Dhrupad », chants sacrés de l’Inde védique, entonnés par les frères Gundecha, des pointures du genre, invités pour l’occasion. Je ne vous conterai pas tout ce que papille a savouré, sinon que le repas fut une cascade de bonheurs, insigne prélude à ce que la musique avec majesté parachèvera quelques instants plus tard.

De mes séjours en Inde j’ai conservé quelque part en fond de cale nombre de souvenirs vivaces qui ressuscitent ici et là, au gré de stimuli principalement sensoriels, le parfum d’une épice, la soyance d’une étoffe, le bourdon d’une tampura, autant d’invitations au voyage qui à chaque fois replonge avec délice mon âme dans le torrent  kaléidoscopique indien. J’aime cette frénésie joyeuse et cet excès des sens qui me chavirent dès qu’insidieusement l’Inde pointe le bout de son nez.

J’ai eu l’opportunité, au temps de mes chères études, de croiser l’oreille experte d’un professeur également sociologue, qui me refilait en douce des disques de musique classique indienne. D’entre eux, deux œuvres marquantes sont restées gravées dans ma mémoire et aujourd’hui sur le polycarbonate laqué de CD sauvegardés par miracle. L’un d’eux, «Rag Kambhoji» est justement un « dhrupad », interprétés par les Dagar Brothers, les maîtres absolus du genre. Ces chants habilement tissés et contorsionnés autour de leur axe, hantent l’auditeur par la force, la délicatesse, la fluidité et la virtuosité des voix. Leur saisissante et lancinante beauté nous invite naturellement au recueillement et à la contemplation et il faudrait tel Ulysse être attaché au mât de sa barge pour ne pas succomber à de tels enchantements.

Or ne voilà t’il pas que l’ami Georges, compagnon d’odyssée, dans son incommensurable bonté  me convie à cette soirée, que justement, les frères Gundecha sont les disciples des frères Dagar, que justement, le truc à ne pas manquer se passe à Sottens, au pied de l’émetteur de la Dôle, un endroit branché par excellence.

Et de dire encore qu’à l’issue du concert, on a touché la main des maîtres musiciens et que j’ai depuis l’étrange sensation de pouvoir transmettre au-delà de moi et de mes  propres doigts, quelque chose d’un peu sacré, un zeste, une part d’aura, un je ne sais quoi de ces fibrillations intérieures et séculaires qui font crépiter l’ossature et danser la vie.

 

*  Tom-tom est le prénom du vénérable guide, gourou et gps de Mr Georges. Qu’ils soient ici tous deux remerciés, pour leurs hautes compétences scientifiques et leur  extrême philanthropie.

sk@tt 

 

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  Le "Dhrupad "représente la plus ancienne tradition musicale classique survivant en Inde. Il a pris ses racines dans la déclamation des hymnes védiques, et s'est graduellement développé pour devenir une forme artistique indépendante, possédant sa grammaire complexe propre. Chanté à l'origine dans les temples, il a pris son essor sous les rois moghols et rajpoutes. Ce style de chant nécessite la pratique du Nada Yoga, par lequel, grâce à plusieurs pratiques yogiques, le chanteur augmente la résonance interne de son corps, et parvient à faire résonner le son en le dirigeant librement dans la zone du nombril à la tête. Ceci lui permet d'utiliser toute une palette de tonalités subtiles et de microtons.

Un concert de Dhrupad commence par l'Alap, qui représente le développement lent et élaboré d'un Raga (mode) utilisant des modèles mélodiques coulant librement. L'élaboration de l'Alap se fait sur les syllables d'un mantra 'Om antaran tvam, taran taaran tam, ananta Hari Narayan Om' ,  qui signifie 'Seigneur, conduis-moi de l'obscurité vers la lumière'. Les phrases d'Alap sont très lentes et contemplatives au début, mais le tempo augmente progressivement, et dans les passages rapides des ornements vigoureux et gais prennent le dessus. L'Alap présente toute une variété d'émotions humaines: sérénité, compassion, sensualité, pathos, étrangeté, colère et héroisme. L'Alap est suivi par une composition agrémentée d'improvisations rythmiques, et accompagnée par un tambour nommé  Pakhawaj (l'ancêtre du Tabla). Dans cette musique les notes ne sont pas traitées comme des points fixes, mais comme des entités fluides possédant d'infinies couleurs microtonales. La musique est profondément spirituelle et méditative, une forme d'adoration.

(source : http://www.dhrupad.info/indexfrench.htm)

 

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Les frères Gundecha sont d'éminents adeptes du style vocal Dhrupad Gharana autour duquel ils ont créé un institut à Bhopal. Deux d'entre eux sont assis au centre et le troisième, qui est joueur de pakhavaj, est installé à leur droite. Le chant visite avec audace les basses extrêmes puis remontent en sinusoïdales vers les aigus. Par courtes onomatopées ou longues phrases tenues, les deux vocalistes se relayent ou s'unissent sans heurts, leurs voix savent se compléter comme elles peuvent se fondre l'une à l'autre. Lorsque le rythme arrive, le frère percussioniste peut alors démontrer son immense talent. Ses doigts rebondissent sur les peaux tendues de sa double percussion que la légende soupconne d'avoir donner naissance, une fois scindée en deux aux célèbres tablas. Lors de la partie finale la mélodie est plus franche et les deux chanteurs vocalisent à l'unisson.

(source :  Mondomix )

 

 

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Découvrez Gundecha Brothers!